MAC TYER – Hat Trick

Le Général continue son combat dans le rap game et sort son troisième album solo intitulé « Hat Trick » signifiant le coup du chapeau. Pas de tour de magie ni de nez rouge mais un album qui va de surprise en surprise. Mac Tyer jongle entre influences rock, jazz et électro pour nous prouver que sa musique n’est pas limitée par les dictats du rap mais ouverte et contemporaine. Elle s’est ouverte avec Qui a tué Manny mais surtout avec la polémique du titre Ha Ha Ha qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive.

Quand as-tu commencé à travaillé sur l’album ?

Il y’a un an je crois. J’ai commencé à faire des titres sans être dans l’optique de faire disque tout de suite, et puis j’ai eu de la vibe et de la vibe … Vu que je sortais d’un album avec pas mal de dénonciation sur la société, j’étais dans une ambiance « amène-moi du gros son que je rap ». Je voulais me faire plaisir et profiter de mon studio.

Tu ne prenais pas de plaisir en faisant des morceaux dénonciateurs ?

C’est juste que lorsque t’as la même vie pendant dix ans, au final t’as tout dit ! Ce qui m’a pris la tête pendant un moment c’est le fait que ça fait longtemps que je suis là et il y’a des gens qui ne se rendent pas compte de ce que j’ai fait ! Mais ma dénonciation est toujours liée à la rue, ma vie n’a pas changé du tout au tout, je ne suis pas devenu un mec de la jet set qui peut parler d’autre chose.

Et le fait de prendre du plaisir dans ton studio …

C’est juste que maintenant, si tu me mets une instru, je rappe et je pratique mes flows comme les gens pratiquent le rap à la base. Je ne cherche pas à avoir un thème précis, je rappe ce que je suis et c’est tout !

Plus à l’instinct ?

Oui c’est ça. L’album d’Où je viens a été fait comme ça sauf que sur celui-ci il n’y a pas de morceaux fiction. J’ai gardé les mêmes sujets mais en changeant la forme. Il y’a des gros morceaux à la Aftermath, un peu rock, un peu électro, un peu soul. Tous les genres que je voyais au début du hip hop, à l’époque des NWA, quand Run DMC a chanté avec Aerosmith. Cet album est un mélange de tout ce qui m’a fait aimer le rap !

C’est un retour aux sources un peu ?

Oui c’est ça, tout ce que j’ai kiffé de 11 ans à mes 31 ans. J’avais envie de retranscrire tout ce côté artistique parce que j’ai l’impression qu’aujourd’hui dans le rap français, tu peux être nul mais si tu passes un message on dira que t’es fort. Tant dis qu’à l’époque, l’artistique comptait d’abord. De 2000 à 2010, les gens se sont éloignés de la culture. Aujourd’hui les petits jeunes ne connaissent rien au rap ! Ceux qui le pratiquent ne connaissent rien au patrimoine musical universel !

Revenons sur d’Où Je Viens, il était conçu un peu comme une série non ?

C’était plus basé sur le classique au niveau musical mais conceptualisé un peu comme un polar. Heureusement que j’ai fait cet album-là après Le Général et non avant, parce que ça a montré que quand je fais de la musique j’essaie de faire ce que je veux.

Tu en paies le prix un peu non ?

Je ne pense pas, sinon je ne serais pas encore à la mode aujourd’hui. Les gens qui essaient de trop suivre ce que le public veut sont des gens qui ne durent pas longtemps. Le public sent que t’es authentique quand tu fais ce que tu veux. Quand tu donnes au public ce qu’il attend de toi c’est là que tu tombes dans le commercial.

Le titre Ha Ha Ha a grave fait parler les gens, ils se disaient de façon extrapolée que tu voulais faire du Mickael Youn …

Dans la nouvelle génération, les petits écoutent soit, que du français, ou s’ils écoutent du cainri, juste un peu de français. Un jeune écoute du français pour comprendre les paroles, ce qui veut dire que tout ce qui est vibe musicale ne l’intéresse pas. Donc en comparant avec son patrimoine musical en France, il se dit que je veux faire du Youn. Les boozilés de Bosska-P te diront la même chose car ils ne connaissent rien du tout à la musique de l’outre-Atlantique.

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Tu as fait ce morceau dans l’optique de t’amuser ?

Trois de mes sons ont été produits par Phily (?), il a tellement un réel apport artistique et des sons tellement spéciaux que lorsqu’on rappe dessus, ça crée un monde. Et quand j’ai entendu le son électro, j’ai eu du mal à trouver quoi faire dessus. Et un jour j’ai trouvé le gimmick du refrain. C’est plus dur de conceptualiser ce genre de titre que de faire un morceau de rap. Et quand j’ai écouté le résultat, je me suis aperçu que c’était un titre qui faisait sourire et j’ai aimé car en ce moment j’essaie de positiver dans la vie.

Pourquoi ?

Toute ma vie c’est la haine qui m’a fait avancer, et aujourd’hui je veux utiliser l’amour comme moteur pour avancer. Fifou m’a dit la dernière fois : « Quand je te prenais en photo, tu te tapais pour sourire, tu n’y arrivais pas ». C’est pour ça que j’ai commencé à sourire dans Tony a tué Manny car un jour, il y’a deux ans, un mec m’a dit que je devrais sourire, il me l’a juste dit comme ça mais il ne sait pas que ça m’a touché. Et le morceau Ha Ha ha contient une émotion que je n’ai jamais réussie à véhiculer auparavant que j’étais obligé de le cliper.

Donc ce n’était pas une stratégie d’amener un morceau électro ?

Pas du tout car le morceau électro que je voulais envoyer à la base c’était Seine Saint Denis, l’autre est arrivé en surprise et au niveau de ma carrière, il est un nouvel épisode d’une nouvelle saison.

Le morceau a quand même créé une polémique …

J’ai lancé Tony a tué Manny avant Ha Ha Ha, et les gens ont tout de même cru que mon album serait entièrement électro ; ce qui prouve que les gens ne réfléchissent pas. Beaucoup de personnes de ma génération qui n’écoutent plus de rap ont été contents de ce morceau, il y’a ceux aussi qui sont partis en vacances avec. Je pense qu’on ne l’aime car c’est moi qui l’ai fait ! C’est impossible de ne pas l’aimer !

Penses-tu que le public n’est pas prêt à voir un rappeur faire ce genre de choses ? A l’image de Rohff qui a du faire un démenti car son morceau électro n’a pas pris …

Mais ce n’est pas le cas de mon morceau car s’il a créé une polémique ça ne veut pas dire que ça n’a pas fonctionné. Il y avait des pour et des contre sans relais médiatique. Et les contre ne voulaient même pas l’écouter car il venait de Mac Tyer, ils n’ont même pas vu qu’il y avait un message derrière. Yann de R.A.P m’a dit la même chose, mais en le réécoutant il l’a trouvé violent. Ce morceau fait le même effet que lorsque j’ai sorti A Chaud à l’époque. J’ai fait Ha Ha Ha en concert en province, c’était le zbeul (rires).

Du coup ce n’est pas toi qui va vers l’auditeur mais l’auditeur qui doit venir dans le tien …

Voilà ! Sinon tu es commun et monotone.

Au fond, Ha Ha Ha est l’ovni musical de l’album ?

Oui exact, dans l’émotion il est complétement décalé. C’était une bonne période et en tant qu’artiste, ce qui m’arrive dans la vie ce ressent directement dans ma musique, je suis quelqu’un de spontané. La musique c’est ma thérapie.

Il y’a une évolution au niveau de l’image, tu étais dans le street avec 93 Hardcore et tu es même un peu dans le swagg, comment s’est faite la transition ?

Ce n’est pas une transition, j’avais déjà commencé à travailler l’image avec Le Générale. On croyait que j’étais fou quand je portais des lunettes (rires), et maintenant tout le monde en porte. Ma fan base de Tandem dont l’âge était environ de 25 ans à la sortie du disque ne comprenait pas. Finalement, ce que j’ai fait a bien vieilli. Tous les artistes de ma génération n’ont pas la même fraîcheur que moi, ils ont trop voulu vivre sans apporter un truc important au niveau de l’image et musicalement. Le plus dur dans la musique est de continuer d’en faire comme si tu n’étais pas connu, et ça toute la vie.

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On connait l’embrouille avec Because, tu as un problème avec les diffuseurs pour cet album non ?

Mes embrouilles sont logiques ! Je suis le seul à leur dire qu’au lieu de nous produire, ils devraient plutôt être nos partenaires, c’est l’état d’esprit que je veux mettre en place mais les maisons de disque n’ont pas l’habitude de ce discours. Because est compréhensif car on a réussi à se mettre d’accord et à travailler ensemble avec Explosif Click.

Sur le morceau introspection tu dis : « Skyrock a le seum de voir un noir sur un yacht » …

Laurent Bouneau a la haine sur moi et ce n’est pas logique. Le morceau électro rentre sur Voltage et pas sur Skyrock, ce n’est pas normal alors qu’il a rentré tout le rap français cet été. Tout le monde voit qu’on me boycotte.

La pochette fait penser à celle de Michael Jackson « History », y’a-t-il un symbole derrière ?

Michael Jackson a bercé toute mon enfance, c’était un hommage car il m’a beaucoup inspiré pour cet album. J’ai  aperçu un lien entre ses albums Thriller, Bad et Dangerous : il a utilisé Quincy Jones et son patrimoine soul pour le premier, le second est influencé rock des années 80 et le troisième reflétait le début du hip hop et de la new jack swing … c’était un artiste qui s’imprégnait de son époque. Je veux montrer que je suis un mec qui vit et qui sort, c’est pour ça que j’ai fait une couverture qui lui ressemble. Parce que quand on y pense, je ne peux me poser que sur le modèle américain au niveau de la musique, les parents et la famille c’est plus la morale et les valeurs.

En parlant de ça, tu as fait un morceau sur ta mère, quelle est sa vision par rapport à toi ?

A l’époque j’avais dit : « Je suis tellement vrai que ma mère n’est pas choquée par mes rap ». Ma mère me connait trop bien ! Tu ne peux pas la surprendre sur mon compte. On a une relation forte, on est très unis dans la famille, je suis toujours avec mes frères.

Comment ça se passe quand elle écoute tes morceaux ?

Je sais que d’Où je Viens elle n’a pas aimé, surtout me voir dans la housse mortuaire dans le clip, mais je lui ai expliqué que j’étais obligé pour ne pas que les jeune starifie ce train de vie. Elle a écouté pas mal de choses, elle a pleuré sur ce morceau justement Ce que ma mère me disait. Elle met à fond mon morceau électro, elle kiffe : Waa mon fils est heureux (rires).

Et ton père écoutait du rap alors ?

C’est quelqu’un de très ouvert qui essaie de comprendre ses enfants. Dans les années 98 il écoutait l’album d’Oxmo et il le trouvait fort. Il écoute de la musique africaine, du James Brown, la Soul et la musique traditionnelle étaient son patrimoine musical. On a grandi avec la black musique. C’est pour ça que moi sur cet album je me voyais plus inviter Derek Martins qu’un rappeur.

Comment s’est faite la connexion du coup ?

Il était là dans le studio en train de travailler un truc et moi je l’écoutais, et ça collait vraiment avec ce que je voulais. Ce mec a une véritable histoire, il a été le coach vocal de Ray Charles, son apparition donne vraiment une âme au morceau. Cette musique est pour les anciens, il a une voix qu’on ne retrouve plus aujourd’hui, on peut même penser que c’est un sample.

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