PIT BACCARDI – La traversée du Showbizz

Pit Baccardi fait partie de ces artistes qui ont connu la gloire et la fortune très jeune. Propulsé aux devants de la scène à vingt ans à peine, couvert de reconnaissance et d’argent, il est passé par toutes les étapes et les états d’esprit de la vie d’un homme et en est sorti grandi. Des collectifs phares, un entourage rapologique des plus sollicités et une personnalité propre, Pit Baccardi avait tout pour réussir et ses trois précédents albums l’ont bien prouvé. Huit ans d’absence et un voyage dans son Cameroun natal lui ont permis de revenir enrichi musicalement mais surtout humainement afin de nous livrer un quatrième opus des plus sincères. « Juste Moi » n’est que le reflet de cet artiste qui nous a accueilli, un homme simple, entier et souriant qui se livre sans barrières. Un petit retour sur sa carrière est donc indispensable pour mieux comprendre le personnage d’aujourd’hui et encore mieux apprécier cet album.

Parle-nous des deux écoles de rap que tu as fréquenté, Time Bomb et le Secteur A:

C’est avec Time Bomb que j’ai fait mon nom, que j’ai fait les freestyles que les gens écoutent encore aujourd‘hui. C’est Time Bomb qui m’a permis d’être connu du public hip hop puis d’intégrer le secteur A.

Le Secteur A m’a apporté plus de visibilité, j’ai été introduit dans le business par la grande porte car à cette époque, le Secteur A était le plus grand label français. J’ai pu par la suite grâce à ça créer Première Classe. Mon parcours est une suite de très bonnes rencontres qui a chaque fois m’ont offert des opportunités plus grandes au fur et à mesure.

Ces deux écoles avaient-elles une vision différente du rap ?

Dans le Time Bomb, on ne sentait pas le côté business, on rappait pour le plaisir. Ça ne veut pas dire que penser au business est négatif mais on faisait les choses sans but précis. On freestylait ensemble sans plan de carrière.

Le Secteur A était déjà une autre approche des choses, la musique était très importante. Kenzy, qui était le patron du Secteur A, venait souvent en studio pour voir et donner son avis sur les projets qu’on faisait, il donnait des idées pour rajouter des guitares, de la basse … éléments qui donneraient plus d’envergure au produit.

Avais-tu besoin de cet encadrement que tu as trouvé avec le Secteur A ?

Oui j’en avais besoin car dans la vie, quand tu fais des choses intelligemment tu progresses et moi je vois mon passage de Time Bomb au Secteur A comme une progression. Le fait d’être passé par le Secteur A et Première Classe m’a permis aujourd’hui de créer mon label et de prétendre pouvoir me produire tout seul parce que je suis passé par ces écoles qui étaient de très bonnes écoles. Time Bomb m’a donné des bases dans le rap et le Secteur A m’a donné les bases dans le business.

Tu as fait un collector 1997-2007, annonçait-il déjà un tournant dans ta carrière ?

Quand j’ai fait le collector je n’avais pas en projet de le faire, c’est juste que je n’étais plus en activité, je me suis rendu compte que cela faisait dix ans que j’étais là et que j’avais pas mal de titres à mon actif et qu’il serait bon de les réunir sur un support. C’était un tirage limité pour en faire profiter les vrais fans. Car je sais aujourd’hui que même si les choses sont planifiées il y’a toujours des surprises, je n’avais pas de plan de carrière encore une fois.

Tu as fait un collector 1997-2007, annonçait-il déjà un tournant dans ta carrière ?

Quand j’ai fait le collector je n’avais pas en projet de le faire, c’est juste que je n’étais plus en activité, je me suis rendu compte que cela faisait dix ans que j’étais là et que j’avais pas mal de titres à mon actif et qu’il serait bon de les réunir sur un support. C’était un tirage limité pour en faire profiter les vrais fans. Car je sais aujourd’hui que même si les choses sont planifiées il y’a toujours des surprises, je n’avais pas de plan de carrière encore une fois.

On a l’impression que tes albums s’inscrivent dans une continuité et que chacun d’eux représente en même temps une facette de ta personnalité …

Quand je fais un disque, je donne ce que je ressens au moment où je fais les choses, comme beaucoup d’artistes sincères avec eux-mêmes je pense. Le premier album, Pit Baccardi, représente vingt ans de ma vie, c’était le concentré de ma vie sans la musique. Ghetto Ambianceur c’est le vécu que j’ai eu après la sortie du premier disque et le succès que j’ai rencontré. J’étais dans l’état d’esprit où j’avais envie d’apprécier les choses et de m’amuser. Le premier titre de cet album qui était le featuring avec Joe avait la même couleur festif. Avec Le Poids Des Maux, on est plus dans la réflexion : on fait toujours un bilan des choses après chaque projet. Et dans cet album je commençais à me poser des questions sur moi et à avoir des problèmes de conscience ; On ressent ce malaise dans ce disque. Et le quatrième est un peu comme le premier, c’est huit ans de vie. On repart à zéro, la vie c’est comme un éternel recommencement.

              


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Penses-tu avoir répondu à toutes tes questions ?

Quand j’ai connu le succès à vingt ans, j’ai aussi eu des responsabilités. Je n’ai pas connu le cursus normal d’évolution. Ces huit ans là m’ont permis de me redonner un sens logique et de me découvrir moi-même. Quand tu as de l’argent tu vis beaucoup dans le superficiel et tu as des valeurs qui ne sont pas normales : comme mépriser les gens, leur manquer de respect. On pensait que l’argent était acquis : avec un couplet de 16 mesures on avait 50 000 francs. Et pour nous c’était normal de tout dépenser. En une année j’ai acheté six voitures. Donc oui je pense avoir répondu à toutes les questions que je me posais sur moi pour faire les choses sérieusement maintenant.

Peut-on dire que tu reviens de loin ?

De très loin même (rires).

Tu es donc parti au Cameroun pour mieux revenir ?

C’est comme un film, quand tu arrives au milieu du film tu ne le comprendras pas, il va falloir que tu remettes au début pour connaître les raisons de ce qui se passe au milieu. Ma vie c’est ça ! A un moment donné je me suis dit : c’est bon j’arrête tout et je retourne là où tout a commencé. J’avais perdu le fil de mon film.

Tu t’es ensuite lancé dans l’humanitaire …

Les jeunes au Cameroun sont fiers de ce que je représente et de ce que j’ai pu représenter avec mon succès et ce que je propose musicalement. J’avais l’impression d’avoir une dette envers eux, il fallait que je fasse quelque chose pour eux. J’ai rencontré une personne qui m’a emmené à la prison centrale de Yaoundé avec une école et un orphelinat à l’intérieur, et j’ai été touché par ce que j’ai vu. Je me suis structuré en créant la fondation Pit Baccardi, et je fais régulièrement des activités pour ces jeunes là qui sont en prison : L’arbre de noël, ils ont également un repas par mois, des fournitures scolaires à la rentrée, un cadeau à la fin de l’année pour l’élève le plus méritant … ce que j’offre change chaque année. Plutôt que de mettre ça dans six voitures, autant en faire profiter ceux qui en ont besoin. Je parraine aussi la prison des femmes.

Tu parlais de dette, te sens-tu coupable de ta réussite ?

Beaucoup de gens connus ressentent une certaine culpabilité d’être privilégiés. C’est la vie qui est injuste, il y’a les riches et il y’a les pauvres. Je pense que c’est très spirituel comme réflexion, si nous en sommes là, c’est qu’on a une mission à accomplir envers ceux qui n’ont pas les moyens. Je le prends comme une mission oui, je partage ce que j’ai gagné car quand je partir je n’emmènerai ni mes bijoux ni mes voitures. C’est ce que j’ai fait pour les autres qui restera. Je ne sais pas être égoïste.

Pourrait-on le voir comme un nouveau départ pour toi et également pour eux ?

Une de mes phrases dit « j’opère en solo mais c’est pour le groupe », donc oui c’est ça. C’est l’une des raisons pour laquelle on avait créé le label Première Classe à l’époque, toujours d’apporter. Dans Enfant du Ghetto je dis « tendre la perche pour ceux qui veulent s’élancer ».

Ton label Empire Company est une occasion de passer le relais aux jeunes ?

Le premier projet c’est moi puis je compte m’occuper de d’autres artistes aussi talentueux que. Je suis fan de musique africaine, je vais produire Werrason, un chanteur qui est une star au Congo. Y’a Dosseh mon petit frère aussi.

Tu as créé ce label avec Nicolas Anelka, est-ce une idée de longue date ?

En 2004, Nico avait acheté du matériel pour faire du son mais il ne pouvait pas se concentrer à 100% avec le foot. Et quand j’ai décidé de revenir dans la musique je lui ai proposé de m’accompagner et il était partant, il adore la musique. Il s’est impliqué dans le projet, dans les choix des sons … il faut savoir que le titre de l’album c’est Nicolas Anelka qu’il l’a trouvé. Moi je voulais appeler mon album au départ Fondation et il m’a dit : moi quand j’écoute ton album c’est juste toi. Et voilà c’est resté tout simplement.

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Un album simple et personnel, est-ce un retour vers un état d’esprit où le business ne t’a pas encore touché ?

Ah non là le business il m’a touché (rires). Il ne faut pas le prendre de manière négative, le business est juste une composante de notre musique à partir du moment où ça devient une industrie. En plus de la musique, il y’a des paramètres aussi que tu dois respecter. C’est très compliqué en tant qu’artiste car tu dois faire des compromis. J’ai de la chance d’avoir réussi à créer un climat dans lequel je fais ce que j’ai envie de faire sans avoir l’impression de me travestir.

Tu nous livres un album très doux avec plusieurs morceaux axés sur le thème de l’amour …

C’est important l’amour ! C’est un état de caractère, mais j’arrive à en parler sur disque, mais je ne sais pas si j’y arriverai sans l’écrire, c’est plus difficile.

Parles-tu d’amour différemment sur cet album ?

Dans Le Poids des Maux j’ai une chanson qui s’appelle J’ai Pêchéoù je dis : « aujourd’hui parler, d’amour pour moi me semble impossible », huit ans plus tard, on retrouve dans cet album un titre Parlons de Love. Ce n’est pas un hymne à l’amour balourd, c’est de l’amour avec un grand A et l’album respire ça.

Avais-tu une direction bien précise pour cet album ?

Oui je savais où je voulais aller. Aujourd’hui je suis plus structuré qu’avant dans ma tête, je sais ce que j’ai envie que les gens retiennent du disque et comment le faire.

Et que veux-tu que le public retienne justement ?

Tout ce qu’on vient de dire, tout ce que j’ai livré. Dans mon album il y’a seize morceaux, avec du rap, deux titres africains … je veux qu’ils retiennent que je suis un mec simple : on a pu me casser du sucre sur le dos, dire que j’étais prétentieux ou imbus de ma personne, mais ça n’a rien à voir, tout dépend du contexte. Quand tu es millionnaire à vingt ans, je défie quiconque de garder les pieds sur terre et de garder l’esprit fluide dans ces moments-là.

Généralement, les artistes et les sportifs, on co mmence à prendre conscience des choses entre 28 et 30 ans. Dans le mauvais il y’a du bon ! Le fait que je veuille retrouver la sérénité est une cause à effet. S’il n’y avait pas eu toutes ces remises en question, aujourd’hui je serais un artiste complètement fou.

Beaucoup de rappeurs se remettent en question arrivés à la trentaine, est-ce un cheminement naturel pour un artiste ?

Certains journalistes le voient comme un reproche mais ce n’est même pas propre aux artistes car avant d’être rappeur on n’est humain. Tu as une attitude différente selon la décennie de ta vie dans laquelle tu es, donc c’est logique et ça s’impose à nous.

On ne peut donc pas rapper à 30 ans comme on le faisait à 20 ans ?

Non c’est compliqué !

On retrouve beaucoup de featuring sur cet album, avais-tu besoin d’être autant entouré ?

J’ai toujours besoin d’être entouré, je suis un solitaire mais j’aime bien être entouré par les bonnes personnes.

Toutes les productions sont très bien réalisées …

C’est comme ce qu’on disait tout à l’heure, ça fait partie de là où je voulais aller. Je voulais que la musique soit au top, il faut qu’on montre que l’on est classe dans notre musique. Pour que quelqu’un qui n’a pas l’habitude d’écouter du rap soit quand même conquis, qu’il se dise que c’est écoutable. J’ai bossé avec Men X Large à la réalisation artistique. On retrouve d’autres producteurs et même des musiciens.

Ta polyvalence est-elle ton atout ?

Je pense que c’est un atout de pouvoir poser sur tout, ça me donne plein d’alternatives et d’opportunités différentes. L’idée est de s’ouvrir.

Ton ouverture n’a-t-elle jamais été un motif de critique?

Bien sûr ! On m’a critiqué pour l’album Ghetto Ambianceur vu que je chantais avec un américain et que je mettais du chant sur du rap, donc j’étais un vendu ! Mais je suis heureux de voir aujourd’hui qu’il y’a beaucoup de gens qui mettent du R&B sur leurs morceaux de rap.

Tu parles de ce nouveau rap dans le Guide du Buzz où tu dis qu‘il est désormais facile d’avoir du buzz …

Aujourd’hui il suffit que t’ais 10 000 clicks sur ta vidéo et on dit que tu as le buzz, tout est relatif. Si c’est avoir le buzz une journée ça ne sert à rien. Pour moi le buzz c’est quand tu sors un disque, que tout le monde parle de toi et surtout qu’on aille l’acheter. Comme un film au cinéma quand les gens vont le voir en masse.

Donc aujourd’hui à ton avis, est-il plus facile de percer dans le rap parce qu’on a plus de visibilité grâce à internet, ou au contraire plus difficile car il y’a plus de rappeurs ?

Il est facile de percer quand on a déjà un nom dans le milieu, ça sera plus compliqué pour les jeunes. Il faut vraiment avoir une créativité de dingue pour se démarquer. J’ai la chance pour ma part d’être encore crédible auprès de certains gros médias, et d’avoir une lumière qui permet à des nouveaux artistes de venir s’installer comme Nina Kerkena ou Jazz-E qui sont présents sur mon album.

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1 Comment

  1. http://JABOT%20Martine 26 juin 2013 at 11:30

    moi cet Artiste je l’admire pourquoi ? Je suis très sensible lorsqu’un fils crie son amour filial à sa mère….ce n’est pas donné à tout le monde. Pourtant il n’a pas connu sa mère…Un fils que vous avez élevé, éduqué scolarisé jusqu’à la maitrise…pour au final puisse vous faire un doigt d’honneur cela arrache le cœur d’une mère ; c’est mon cas Comment ne pas pleurer en écoutant PIT PACCADI STOMY BUSY JAMEL DEBOUZE BOOBA SEXION DASSAUT MATT POKORA etc…


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