Le Blues – Martin SCORSESE

DU MALI AU MISSISSIPPI

« Le tempo libère mon imagination, me rappelle que ma musique est née dans un champ de coton » (IAM – Libère mon imagination) ; Ce blues né dans ces champs de coton est la source de toutes les musiques noires que l’on connaît aujourd’hui.

C’est en 2004 que Martin Scorsese propose une série de documentaire retraçant l’histoire du blues ; ce troisième épisode présente les origines du blues dans le delta du grand fleuve américain, et sa parenté avec les musiques traditionnelles du Mali et du Niger. En suivant l’artiste Corey Harris à la rencontre de chanteurs de blues, l’histoire de cette musique nous est racontée à travers les grands noms de ses fondateurs et de leurs histoires. Le sous-titre « Feel like going home » est significatif ; avoir le sentiment de rentrer chez soi, de retrouver les racines africaines du blues ; dans ce sens la traduction française est mal appropriée, c’est plutôt le Blues du Mississippi au Mali qui est le sujet traité dans ce documentaire et non l’inverse.

« Je ne peux imaginer ma vie, ni celle de quelqu’un d’autre, sans musique ; c’est une lumière dans l’obscurité qui ne s’éteint jamais » : C’est ainsi que débute ce documentaire avec des images d’archives des années 1930, encore en noir et blanc, faisant de cette période une époque très lointaine. Le blues trouve son essence dans le Delta du Mississippi, région où beaucoup de Noirs ont été amenés pour travailler dans les plantations de coton. Même après l’esclavage, cette région est demeurée un coin d’accueil pour les travailleurs noirs pendant l’entre-deux-guerres ; la misère et la précarité ont également persisté. L’artiste Corey Harris part à la rencontre du petit nombre de chanteurs de blues restant, ceux qui ont connu la glorieuse époque des années 1960 et qui peuvent raconter l’histoire de la génération qui les a précédés. Que ce soit John Lomax, Leadbelly, Son House, John Lee Hooker ou encore Robert Johnson, ils chantaient un blues qui reflétait la situation des Noirs de cette région, un blues qui sentait l’odeur de la boue et du sang du Delta du Mississippi.

C’est ensuite au Mali que le narrateur se rend pour rencontrer Salif Keita et Habib Koité, ces artistes d’un autre continent dont la musique est, sans le savoir, le point de départ du blues. Car les griots sont les ancêtres des chanteurs de blues et la kora est la mère de la guitare. Différents continent liés par l’histoire de l’esclavage certes, qui est un lien concret, mais également par cette musique qui représente le lien spirituel qui s’est tissé entre les deux. Car le blues est à l’image des traditions orales africaines, il est une musique mélancolique et imagée, dont le but est de perpétuer la mémoire dans le coeur des Hommes et faire vivre les disparus.

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