SWIFT GUAD – Venu casser les préjugés

Rencontre avec la rappeur Swift Guad avant un freestyle chez Générations et après le tournage d’un prochaine clip qui s’annonce spectaculaire visuellement. Le rappeur à la voix particulière et à l’univers étonnant avance à grands pas, il multiplie les projets, les scènes et les apparitions. Hecatombe 2.0 est un bon cru, faisant suite au premier volume, cet opus est bien travaillé au niveau des lyrics et des thèmes. Tout au long de l’interview, Swift Guad nous parle de son parcours, de sa ville, de la mentalité musicale parisienne et de ses différents projets.

– T’es né et t’as vécu à Montreuil ?

Je suis né juste à côté à Bagnolet et j’ai vécu à Montreuil quasiment toute ma vie.

– Après avoir été longtemps communiste, la ville de Montreuil a maintenant un maire Vert (Dominique Voynet), y a-t-il eu des changements ?

Ça a changé beaucoup de choses, d’abord la population, les quartiers et le décor. Mais ça n’a pas changé qu’en bien et si je dois faire un bilan, je dirais que je préférais quand même la situation d’avant, car depuis qu’elle est maire les centres de quartier ont fermé. Au moins avant, si tu voulais voir le maire, il suffisait de prendre un rendez-vous avec lui, alors que j’ai vu le maire actuel qu’une seule fois depuis son investiture. Ce que je reproche à certains politiciens c’est de ne pas être populaires, de ne pas aller voir les gens ; aucun de ceux que je vois à la télévision n’attire la sympathie naturellement, aucun n’aspire la confiance dans leur visage.

– T’étais graffeur avant de rapper non ?

Pas du tout, même si on a essayé d’écrire sur des murs étant jeune mais ça n’a pas duré longtemps. Dans le son j’ai commencé par kiffer la musique d’abord, ensuite j’ai fait des instrus et puis j’ai commencé à écrire.

– T’aimais quoi comme rap plus jeune ?

Les mêmes sons qu’aujourd’hui : Mobb Deep, Wu Tang, Busta Rhymes …

– Tu te rappelles de ta première claque musicale ?

Je ne saurais pas dire ce que c’était, sûrement un vieux truc comme Das Efx. Par exemple j’adorais Fabe et « ça fait partie de mon passé », je devais avoir 9 ou 10 ans. Ce n’est pas venu comme ça du jour au lendemain, je ne me suis pas pris le rap en pleine gueule, j’ai vécu à l’époque où le rap commençait à être médiatisé donc j’ai grandi avec ça. Mais artistiquement j’ai pris des baffes avec Mobb Deep et les noms que j’ai cité auparavant.

– Comment se sont faites tes premières apparitions en tant que rappeur ? 

Je faisais des instrus pour mes potes et à un moment j’ai décidé de m’y mettre, j’ai fait des open mic, des battles … c’est venu naturellement, j’aimais beaucoup écrire déjà et écrire et rapper sont complémentaires. Si j’avais été doué dans le dessin j’aurais exprimé ça en faisant du graff mais ça s’est fait avec la musique.

– C’est plus l’écriture qui t’as mené au rap alors ?

Oui, à l’époque j’étais avec des gars qui avaient déjà des plumes techniques et écrivaient des trucs sensés, ils étaient vraiment dans l’écriture, ils ne faisaient pas du rap touristique. J’étais entouré par des bonnes personnes, peut-être que je ne me serais pas mis à écrire dans le cas contraire.

– Le rap pour toi c’est une passion ? Un loisir ? Un métier ?

C’est une passion et un kiff, mais là on arrive à une période où ça commence à se décompter, les disques sont distribués et se vendent, on a beaucoup de propositions de concerts et on arrive dans l’aspect où l’on découvre le côté oseille qui n’est pas déplaisant ; il faut savoir faire la part des choses avec les deux. C’est un kiff mais s’il y’a moyen d’en vivre je ne dirais pas non. Il faut juste garder les pieds sur Terre.

– Il faut toujours avoir un plan B …

Oui exact !

– Je crois que dans un son tu dis que tu travailles à la mairie de Montreuil ?

Mon plan B c’est que je suis fonctionnaire, je suis au calme (rires) ; je n’ai jamais cherché pour l’instant à démissionner ou à prendre un congé sans solde mais si demain je suis obligé de le faire je le ferai. La musique a fait déjà que j’ai dû réduire mon temps de travail mais j’arrive à jongler avec les deux et ça se passe bien.

– Tes collègues savent que tu rappes ?

Je me fais grillé petit à petit oui (rires) !

– Surtout qu’il doit y avoir un mouvement autour de toi dans ta ville non ? Des posters un peu partout …

Non je ne me concentre pas spécialement sur ma ville au contraire, justement c’est moins le cas qu’ailleurs même si c’est vrai que je suis issu d’une ville qui bouillonne musicalement. Quand tu commences à faire du son tu le fais chez toi et tu y accordes de l’importance au début, c’est vrai car ton nom tourne localement ; mais il ne faut pas négliger que c’est en province que les gens consomment le son vu que ça arrive moins facilement chez eux, ils sont beaucoup plus kiffeurs que nous sur Paris. On a une mentalité très particulière ici qui ne donne pas forcément envie de rester travailler localement.

– Tu parles de Montreuil ?

Montreuil et Paris, c’est la même chose il ne faut pas se leurrer, même si à Montreuil on a encore une autre mentalité (rires), et je le vois quand je fais des concerts dans les petites villes où les salles sont blindées alors que les gens viennent moins quand c’est dans ma propre ville car ils y ont accès plus facilement en fait. Moi-même j’y suis plus accessible, je croise des gens dans la rue, je suis toujours là je n’ai pas déserté ma ville.

– Comment tu décrirais cette mentalité parisienne ?

Il faut dire qu’elle est aussi le reflet de l’évolution de la musique. Un constat simple, quand tu vas à un concert à Paris c’est du 15, 20 ou 30 euros alors qu’en province c’est du 5, 10 ou 15 euros ; ça veut dire que même les artistes et les organisateurs font un effort pour que le son tourne en province alors qu’ils te font cracher l’oseille sur Paris. Donc forcément le public parisien est un peu aigri. D’un côté avoir accès à la musique est plus facile mais si le milieu s’ouvre c’est parce qu’il s’est fermé ! Le public parisien met plus de temps à démarrer lors d’un concert, je ne sais pas si ça s’explique scientifiquement (rires).

– Tu as un univers esthétique assez sombre, qu’est-ce que ça reflète ?

Il n’est pas que ça, j’ai essayé de montrer d’autres facettes dans l’album. Mais je ne pense pas que ce soit une fin en soi, si ça se trouve, je sortirais un autre album demain où je serai dans un autre délire ; c’est juste que c’est comme ça que je vois les choses pour l’instant, ce n’est ni pessimiste ni alarmiste. Le premier album était très sombre et engagé, et dans le second j’ai essayé de faire quelque chose de plus éclectique et en moins monocorde, peut-être qu’il y aura des roses et des coquelicots sur la pochette du troisième album (rires). 

– En te rencontrant la première fois, j’ai été frappé par un contraste entre la fraicheur que tu dégages qui pourrait être paradoxale par rapport à tout ton univers …

Je suis quelqu’un qui sourit tout le temps mais ce que les gens ne savent pas, c’est qu’en musique il y a les notes majeures et les notes mineures, et mon oreille a toujours été attirée par les notes mineures qui donnent ce côté nostalgique à la musique. Alors que quand tu vas dans des notes majeures, ce sont plutôt des morceaux joyeux et festifs, Je te dis ça alors que je n’ai jamais fait de solfège mais mon oreille n’aime que les notes mineures.

– Il y a aussi les textes qui vont avec …

Oui c’est vrai mais quand tu prends un morceau comme « Pour les Ptits », la musique est mélancolique mais le texte n’est pas alarmiste. C’est une photographie du monde en fait !

– A quoi fait référence le titre « Hécatombe 2.0 » ?

Cela fait référence à un monde qui part en freestyle, où les têtes tombent les unes après les autres. Le 2.0 était une volonté de boucler le cycle hécatombe pour justement passer à autre chose vu que le premier projet a été commencé en 2006 et on est en 2012, c’est donc un projet qui date. 

– Pourquoi spécialement un second volume ?

Le premier projet est sorti en 2008, j’avais d’abord commencé à retravailler certains morceaux à la demande d’une maison de disques que je ne citerai pas (sourire) et comme on n’a pas continué cette collaboration, j’ai quand même continué même s’ils m’ont fait perdre presque un an, Mais mon second album était déjà prête mais j’ai choisi de finir le travail et d’entreprendre le 2,0 à partir de deux morceaux du premier volume et d’autres morceaux que j’ai retravaillés. C’est à cause d’une perte de temps que ce projet a vu le jour, sinon je serais parti sur autre chose.

– C’est toi qui a démarché cette maison de disques ?

Non ce sont eux qui sont venus vers mon éditeur, mais au bout du compte ce n’était pas satisfaisant. L’histoire qu’on raconte sur le fait que lorsque tu signes en maison de disques, ils vont vouloir changer tes sons et tes rîmes ou remplacer tes prods par des pianos ou des violent … Toi tu n’y crois pas mais c’est vrai; ces choses-là arrivent vraiment ! (rires). On s’est pris la tête à recomposer tous les morceaux en les améliorant et quand je suis revenu après le mastering, je me suis rendu compte qu’ils avaient tout changer au profit de piano. On pervertit et travestit ta musique dans les maisons de disques.

– Ça arrive malheureusement aussi dans les petits labels indépendants …

Oui tout à fait, ça arrive dès qu’il y a quelqu’un qui se prend pour un petit chef et qui décide d’avoir le droit de vie ou de mort sur ta musique. Dans cette maison de disques en question j’ai vu des directeurs artistiques de 18/20 ans, fils d’untel ou d’untel, qui ont peut-être un héritage musical important de par leur famille, mais qui n’ont pas du tout la science infuse. 

– Ton disque est donc sorti en totale indépendance ?

On peut appeler ça de l’indépendance; j’ai un label depuis toujours sur lequel je sors mes projets, qui est Horizon Prod, mais là on a décidé de créer un label commun avec tous les gens avec qui on a sorti les derniers albums. On est plusieurs en fait, on a chacun soit des labels ou des boutiques ; c’est compliqué à expliquer mais c’est une très bonne organisation (rires). On est actuellement entrain de créer un label qui va s’appeler Magma qui regroupe un peu toutes les compétences ; on a aussi créé un site internet et il y a bien sûr le Narvalow Club !

– Ton album est un peu dans une mouvance parallèle au regard des feats, tu as tous les bons rappeurs qui mériteraient d’être encore plus médiatisés (Zoxea, Nubi, Nakk, L’Indis …)

Ce sont d’abord des gens de qualité et j’aurais pu en inviter bien d’autres ; pour moi Nubi fait partie des kickeurs que je kiffais à l’époque, Nakk et l’Indis kickent aussi très salement. Après je voulais pas inviter trop de monde, amis je connais beaucoup de gens avec lesquels je travaille, et dans un prochain projet j’inviterais tous mes potes sur une mixtape. Mais sur cet album je voulais un truc concret, à part le son avec tous ces invités, il n’y a que des feats avec des Américains. J’ai invité des gens que j’apprécie vraiment ou des amis, je ne veux pas inviter des artistes plus médiatisés, si ce n’est pour soutenir.

J’ai récemment fait un feat avec Nekfeu et je vois les commentaires que les gens laissent ; mais il faut qu’ils comprennent que je connais ces jeunes depuis deux ans, avant qu’ils deviennent ce qu’ils sont devenus et bien avant les Rap Contenders. On faisait partie de la même maison d’édition (ndlr : KDBZIK) et je soutiens certains artistes issus de toute cette nouvelle mouvance. Ils peuvent être critiquables à droite ou à gauche mais en attendant ils relancent un nouveau souffle qui ouvrira la porte à d’autres rappeurs.

– Critiquables ou pas, ils ont tout de même du talent …

Oui mais on veut toujours mettre des étiquettes sur les gens, toi t’es babtou du 16e, toi du 20e … A l’époque aussi on avait Mc Solaar qui rappait avec un français parfait et qui se faisait vanner par toute la street, et la rue a oublié que le rap a été amené par ces gens-là en France. Donc cette jeune génération fait du bien et au lieu de critiquer, certains devraient sortir des disques.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *