TAIPAN – L’instinct animal

Lorsqu’on tape « Taipan » sur Google, on découvre qu’il s’agit d’un serpent du désert classé parmi le plus venimeux au monde. J’ai été surprise car je n’avais jamais pensé à chercher la signification du pseudo, même si son origine pour le mc est cinématographique. Parce que si je devais assimiler le rappeur à un animal, il serait plus proche de loup que du serpent. Il est vrai qu’il y a plus de loups dans sa Lorraine natale que de serpents du désert, mais la ressemblance n’est pas juste géographique.

DESCRIPTION

A l’image du canidé, Taïpan apparaît à première vue comme quelqu’un de froid et solitaire, sûrement à cause de sa peau blanche, de ses traits tirés et de ses yeux clairs légèrement bridés qui accentuent la ressemblance. Sa taille imposante et sa carrure rappellent les postures fières de l’animal et sous-entendent une véritable force physique ; il est vrai qu’il a été joueur de basket de haut niveau avant de se blesser…

Taipan est calme et discret, il ne se montre pas beaucoup, travaillant sa musique dans l’ombre depuis qu’il a débuté dans le milieu des années 90. Mais cette discrétion n’est pas une négligence de sa part, elle résulte de la ruse bien connue du loup qui ne se sort que pour se nourrir. Sa ruse s’exprime aussi dans sa capacité à vous faire croire que le Rap Contenders est sa première apparition alors qu’il a deux albums à son tableau de chasse et une centaine de freestyle. Jouissant d’un grand prestige depuis ses premières apparitions dès 2003, sa rencontre provoque toujours quelque émotion, car celle-ci était un événement frappant dans la monotonie rapologique des jours. « Les observateurs en conservaient le souvenir en leur mémoire et ne manquaient pas de l’évoquer devant leurs proches, parfois bien des années plus tard ».

CARACTÉRISTIQUES

Le loup est clairement un animal en voie de disparition, il a été traqué de peur qu’il ne soit trop dangereux pour nous ; dès lors il se cache dans le pays haut, s’enveloppe d’une fumée conviviale pour passer l’hiver car il n’a nul besoin d’hiberner, il survit à toutes les saisons. Peut-on donc dire que la rareté est gage de qualité ? Aucune idée, mais en tout cas l’originalité de Tapain est gage de rareté. Avec un flow aussi acéré que des canines, Taipan écume les terrains avec une nonchalance déconcertante, il parvient à s’exprimer d’une manière crue et naturelle tout en arrondissant les angles par le biais de sa voix légèrement rauque. Nul besoin de crier ni d’y mettre le débit pour se faire comprendre. Et c’est là où se trouve tout le paradoxe ; car même le plus dangereux des loups peut-être doux et affectif avec ses petits. La démagogie n’est pas trop son fort, Taipan ne s’apprivoise pas, il demeure à l’état sauvage et c’est ce qui donne un véritable côté humain à sa musique.

DERNIÈRE APPARITION

Le dernier projet de Taipan remonte à 2010 intitulé Je vous aime (je vous avais dit que c’était un cœur tendre), produit par son acolyte et cousin Céhashi et sorti chez LZO Records (Lartizan). Depuis, Taipan a changé de meute pour se diriger vers Bomaye Musik (Youssoupha). Il s’entoure de pas mal de personnes comme Alino, Deen Burbigo, Youssoupha ou Orelsan pour nous lâcher un gros-EP 10 titres : Le projet Dans le circuit est là pour nous rappeler que Taipan a toujours été dans le mouvement et qu’il faut encore plus qu’avant compter sur lui. Derrière sa pochette un peu enfantine avec le titre écrit d’une main d’enfant, le projet est murement réfléchi. Toujours avec un certain cynisme et une trainée d’humour noir qui vous électrisent, Taipan parle des mauvais côtés de la vie, comme des bons, mais toujours avec le même positionnement, comme-ci le monde lui tournait autour sans profondément le toucher. La musique de Taipan nous donne l’impression qu’il parle de ce qu’il connait, voilà pourquoi il évite de se laisser submerger par ses émotions dans n’importe quelle situation. Le projet est diversifié, il a l’avantage d’être complet sans être répétitif grâce aux prods qui nous plongent chaque fois dans un univers différent.

En fin de compte, cet opus est une preuve du self-contrôle du rappeur qui donne juste ce qu’il faut pour frapper au bon endroit. Des attaques animales rares mais plutôt efficaces. Je retiendrai pour ma part les morceaux « Rien à prouver » pour tout l’univers, « T’es parfait » pour la prod et l’ambiance et « Bonne année » pour les paroles et l’histoire racontée.

NDLR : Tous les qualificatifs ont été tirés d’une description du loup de Lorraine ainsi que les passages entiers entre guillemets, si si je vous assure c’est vrai.

 

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