AL – Terminal 3

À l’occasion de la sortie du nouvel album d’AL Terminal 3, voici la première partie d’une interview vidéo de l’artiste de Dijon. Il évoque ses débuts et son premier album. La suite de cette interview portant sur le nouvel album sera mise par écrit.

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Après une première présentation en vidéo de son parcours et de quelques sujets qui le touchent, voici un petit tour de l’album à travers quelques morceaux et citations qu’il nous explique.

– Quel est le fil conducteur de cet album ? 

Je pense que ce que je fais est toujours très ancré dans la réalité et j’ai beau essayé, j’ai vraiment du mal à me défaire du fait d’écrire des choses qui soient en phase avec la réalité du banlieusard au niveau de l’optique et de la démarche. Les morceaux restent le point de vue d’un mec de cité en France avec tout ce que ça peut véhiculer et comment cela peut être perçu par les institutions et le pays en général..

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– Dans le morceau « Tout Seul », tu dis « Peut-être que je devrais arrêter de voir les gens comme des parasites »

Je peux aller vers les gens rapidement, on peut apprendre à se connaître pendant longtemps, je pense que je vais savoir rester en surface au niveau de la relation. Après j’ai 38 ans et je sais que je ne vais plus me faire des amis d’enfance. Quand tu n’espères pas trop des gens, tu ne seras pas déçu d’eux.

– Ne pas s’impliquer émotionnellement…

Oui mais ça dépend dans quel domaine, il y’a certains domaines où t’es obligé d’aller un peu plus loin (rires).

– T’es quelqu’un de plutôt pessimiste alors ?

Je n’ai pas trop beaucoup d’espoir en l’avenir mais j’ai foi en l’Homme ; en général je vais vers les gens comme ça sans a priori mais vu comment les rapports humains évoluent, ça ne me donne pas envie de croire que les choses vont changer.

– Revenons sur un morceau dont le titre est particulier, c’est « Pandémonium »…

« Pandémonium » est un morceau assez noir comme nous les MC adorons en écrire, c’est l’héritage de Mobb Deep par exemple ; je peux t’écrire un morceau comme celui-là par semaine. À la base j’avais entendu ce mot dans un morceau de rap américain sans savoir ce que c’était et ensuite le refrain m’est venu naturellement quand j’ai écrit ce titre. Pandémonium c’est la capitale des enfers, c’est une référence à la définition, c’est à la fois la ligne directrice du morceau mais j’ai de plus en plus de mal à écrire des morceaux avec un thème proprement dit donc quand on écoute on a un peu l’impression que ça part dans tous les sens ; l’idée directrice est que le monde est sale (rires). 

– Le morceau « Je Suis Refait » est un hymne au hip-hop, on comprend bien que ça fait partie intégrante de ta vie …

Oui j’en écoute tout le temps et quand j’entends des gens qui, arrivés à un certain âge, disent que le rap c’est fini, j’ai du mal à ne pas me dire qu’il y avait une part d’opportuniste chez eux, qu’ils l’écoutaient quand c’était super tendance. Moi le jour où ça m’a pris ça m’a vraiment absorbé et j’en écoute encore à mon âge parce que c’est ma passion.

– Justement tu parles des rappeurs qui, à un certain âge, arrêtent le rap…

Je trouve ça un peu dommage parce que dans toutes les musiques, que ce soit le rock ou le jazz, ce sont des gens qui au départ ont été jeunes aussi mais à qui on a laissé le droit de vieillir ; on a laissé à leur musique le droit de mûrir. Alors que j’ai l’impression que dans le rap, tout est fait pour que ça reste une musique pour les gosses. Je ne vois pas pourquoi on ne continuerait pas à rapper en devenant des adultes et des parents, à travers une musique qui représente nos responsabilités et nos acquis, il n’y a rien de paradoxal. Certains rappeurs ont évolué dans ce sens-là heureusement mais pas tous. Il faut du rap pour des petits de 13 ans mais aussi pour des adultes.

– C’est vrai que certains rappeurs anciennement « engagés » font désormais de la musique pour divertir, tu penses qu’ils en ont marre de galérer ?

Ouais ils en ont vraiment marre, ça épuise ! (rires) Mais c’est le revers de faire de la musique et que ce soit une fin en soi. Moi je sais qu’à côté j’ai mes activités professionnelles, je n’attends pas après le rap et ça m’apporte une certaine liberté. Si mon album ne sort pas, ce n’est pas grave, s’il ne se vend pas, ce n’est pas grave non plus. 

– « J’ai risqué ma vie pour le rap et j’ai perdu »…

C’est vrai qu’à l’époque on était à fond dans le rap, on ne faisait pas le nécessaire à côté au niveau du travail par exemple, et j’ai vu des gens qui avaient des attentes immenses vis-à-vis de la musique et ça cause beaucoup de dégâts dans la tête. C’est pour ça qu’avoir un pied ancré dans le quotidien ça préserve l’esprit. Il y a souvent une triste réalité derrière les rappeurs qui se vantent de ne faire que du rap.

– « Une punchline n’a jamais sauvé personne de la précarité »

C’est pour les rappeurs qui mélangent tout, ceux qui veulent à la fois être des icônes de la lutte sociale et à la fois faire les Kainris.

– Te sens-tu intégré dans ce milieu rap français ? 

Non je ne pense pas et je m’en fous complètement. C’est vrai qu’à une époque j’avais l’impression de participer à une certaine culture, ce qui était bien c’est que l’aspect subversif qu’avait le rap était un lien entre tous les rappeurs. Maintenant le rap c’est de la variété, lorsque tu croises des gens, tu sais qui cherche absolument à se créer un réseau et à faire des contacts. Mes potes et moi marchons ensemble, on fait les choses par nous-mêmes, sans chercher à se faire des amis. Je n’ai rencontré personne qui m’a aidé à sortir mon premier disque, ce sont mes amis d’enfance qui m’ont aidé à le faire.

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