TIERS-MONDE décrypte son titre « Phoenix »

Artiste du label Din Records, TIERS-MONDE a toujours eu la capacité de surprendre les auditeurs. En constante évolution, il tente d’innover à chaque nouvelle sortie, par le son ou par l’image. On connait le titre de son album depuis un petit moment, aujourd’hui on a la date de sortie : le 19 mai dans les bacs et déjà en précommande. Pour lancer le projet, Tiers-Monde a choisi le titre « Phoenix » ; un morceau percutant mais surtout un clip déroutant qu’on se propose de décrypter avec lui.

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– Ton album Toby or not Toby sort en mai, ce titre fait penser à quelques références plus ou moins connues, mais concrètement il veut dire quoi ?

Le titre « Toby or not Toby » est inspiré de deux choses : La première référence est bien évidemment liée à Shakespeare « Être ou ne pas être, To be or not to be », et la seconde du roman Roots d’Alex Haley, aussi connu en série TV (Racines en France). Ça fait plus précisément référence au passage où Kunta Kinté, esclave déporté, est fouetté par ses maîtres qui lui imposent de changer son prénom par celui de Toby. Il refuse ce changement car, symboliquement, ce serait renier son identité et accepter sa condition d’esclave. Il finit par céder sous la torture et accepter le prénom Toby. Enfant, c’est une scène qui m’a énormément marqué.

 – Le premier single s’intitule « Phoenix », est-ce un titre annonciateur du contenu de l’album ? Une sorte de renaissance ? 

En tant que rappeur, il est vrai que je tente de me renouveler à chaque projet. Ma digitape Black To The Future, qui mêlait inédits et anciens morceaux, est musicalement différente de mon album. La digitape est plus spontanée dans le discours alors que les morceaux de l’album sont en général plus réfléchis. L’album Toby or not Toby renferme plus de gamberge.

 – On est si captivés par le scénario du nouveau clip qu’on pourrait passer à côté du message du texte. Alors justement, de quoi parle ce titre ?

Le morceau « Phoenix » devait à l’origine s’appeler « Des chaînes de fer aux chaînes en or ». Je voulais vraiment transmettre aux auditeurs ma volonté de briser ma condition de banlieusard à travers mes mots. Beaucoup de gens pense qu’on est condamné, que ce soit nous ou nos projet, à mourir dans le ghetto où l’on est né. Je veux prouver le contraire. Le Phoenix est donc l’emblème qui symbolise le mieux cet état d’esprit.

 1604601_615321878520885_1336414337_n– Qui se cache derrière le masque dans le clip ?

 Moi (Rires) ! Non, c’est une équipe de cascadeurs rencontrés à Paris à l’occasion du clip. Le Phoenix s’appelle Moussa dans la vraie vie d’ailleurs !

  – Que cherchais-tu à faire visuellement ? Avais-tu des idées précises dès le départ ou t’es-tu laissé guider par le réalisateur ?

Le clip a été pensé par Jean-Luc Herbulot, Samy Baroune, Sals’ et moi-même. Au départ, nous voulions faire quelque chose de différent tout en parlant de racisme. L’un des problèmes en mettant un noir, un arabe ou un asiatique dans la peau du personnage principal, c’est que visuellement, ça aurait pu mettre en opposition les autres communautés. Tout le monde ne se serait peut-être pas reconnu si Moussa n’avait pas porté par exemple ce masque. On a donc créer une nouvelle race : le Phoenix, qui canalise toute la haine et auquel chaque personne ayant vécu le racisme peut s’identifier. Ensuite, on a symbolisé le parcours et les difficultés de la vie en France par des bastons. Enfin, la finalité était d’être reconnu par la France en tant que Phoenix (donc en tant que noir, arabe, asiatique, etc.), ce qui est symbolisé par la carte de séjour dans le clip.

 – Depuis quelques morceaux, on te retrouve avec un phrasé plus saccadé, moins fourni en volume (comparé aux longs story-telling que tu pouvais faire), mais plus riche en métaphores et en images. Est-ce une autre manière pour amener à la réflexion ? Un autre exercice de style ?

Quand j’écris, je cherche souvent à faire évoluer mon flow. C’est aussi une manière de se mettre des contraintes et de s’améliorer. Je tends à trouver le juste milieu entre le discours et le flow, ce qui n’est pas facile en soit. On a souvent des MC, soit avec des messages forts, soit avec des flows de dingue. Moi, je veux être les deux en même temps et je bosse dur pour atteindre cet équilibre.

 – En lisant les commentaires sous la vidéo, on remarque une réflexion qui revient souvent : « Je ne m’attendais pas à ça mais c’est pas mal ». Le but était de surprendre ?

Avec « Phoenix », le but était clairement de faire un OVNI visuel et de troubler nos auditeurs tout en choquant d’autres. Je pense que le pari est réussi !

2 Comments

  1. http://nitnelav 9 avril 2014 at 11:52

    Petite coquille dans la première question, l’album sort en mai (et plus en avril).
    Sinon bonne interview et vivement l’album !


  2. http://Amadou 11 avril 2014 at 8:58

    Le clip Phoenix est vraiment bien réalisé, j’attends de voir le prochain !


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