Philémon et Tismé dévoilent leurs recettes dans Caramel & Chocolat

Caramel & Chocolat est la nouvelle entité formée par deux champions hip-hop, chacun dans une catégorie. Le champion du mic, c’est Philémon : il a arpenté les concours d’improvisation et les hauts lieux du freestyle durant les années 2000, que ce soit les compétitions « Dégaine ton style » ou « End of the Weak ». Facilement reconnaissable grâce à ses longues dreadlocks blondes et son sac à dos, il multiplie les titres et met plus d’un wack MC au tapis (champion de Paris en 2004, champion de France en 2006 et champion EOW France All Stars en 2010). Quant à Tismé, c’est plutôt sur les platines qu’il laisse aller  sa créativité. Beatmaker pour les différentes formations auxquelles il fait partie (JayFly, UNNO) et pour des danseurs (Wanted Posse, Serial Steppers, etc.), mais également DJ, il remporte le « Beatmaker Contest » en 2011,  le championnat national la même année et le « Beatdance Contest » en 2015.

Habitués aux challenges et à l’émulation, Philémon et Tismé ne sont pas du genre à rester dans leur zone de confort. Plus de 10 ans après leurs débuts et plusieurs projets à leur actif, ils unissent aujourd’hui leur créativité débordante avec la même fougue du début. Et c’est indéniable, ces deux artistes aux multiples casquettes se sont bien trouvés, ils chantent, rappent, produisent et jouent d’un instrument. Toutes ces qualités musicales offrent un univers qui mêle des sonorités hip-hop, soul et jazz.

Entre exercice de style et chanson, rap et mélodie, douceur et brutalité, les deux artistes ont su trouver l’équilibre parfait de tous ces ingrédients. C’est le soir de la première représentation scénique du projet éponyme Caramel & Chocolat au Bizz’Art que Philémon et Tismé nous révèlent les secrets de leur recette musicale.


Vos impressions sur ce premier concert…

Philémon : On n’avait pas de doutes que ça serait une bonne vibe, on a fait en sorte que ce soit positif mais soulagé que ce soit vraiment dans la vibe qu’on voulait. Pour un premier concert, savoir qu’il y a déjà une petite communauté qui se réunit dans une salle pour nous soutenir, ça fait du bien.

Tismé : Bonnes impressions. C’était différent de ce qu’on avait préparé depuis quelques temps mais c’était quand même super, une bonne surprise, une bonne énergie, des sourires dans la salle et du partage, on a vraiment beaucoup apprécié ! On a conscience que c’est le premier du coup on a plein d’idées de concerts avec dse concepts différents qu’on veut développer. On aime tous les deux se renouveler et être originaux, on va donc en profiter pour tester plein de choses.

C’est un album que vous avez conçu pour la scène, en pensant à ce que vous pourriez en faire ?

Philémon : On n’a vraiment pensé à rien quand on l’a fait, c’était vraiment une connexion, on a bossé sur pas mal de projets ensemble mais il y a surtout eu une résidence où on était tous les deux. On avait tous nos outils, nos micros, etc. C’était une rencontre totale. Et comme on était dans le même projet, on a eu la possibilité de se connecter sur plein de trucs, des freestyles, des beatbox, des instrus de chacun… Naturellement on s’est dit qu’il faudrait faire un truc mais on ne s’est pas enfermés dans un studio pour faire tout un album, on a fait des petites sessions, on se voyait, on chillait, on prenait du temps et quand on avait des petites idées on créait des petites choses, pendant un an, un an et demi comme ça.

Tismé : On faisait des allers-retours, j’allais à Nantes et Philémon venait à Dunkerque pour avancer tranquillement, puis ça s’est dessiné naturellement.

Vous vous êtes connus à cette résidence ?

Tismé : On s’était croisés plusieurs fois auparavant, on est dans le même cercle, on a des connexions et des gens qu’on aime bien en commun mais on n’avait jamais créé ensemble et grâce à cette résidence on a eu envie d’en faire plus.

Qu’est-ce qui a fait que l’alchimie a tout de suite eu lieu ? Sur quels points vous vous êtes retrouvés ?

Philémon : Je pense, je parle pour moi mais c’est peut-être valable pour nous deux, que c’est le fait de trouver quelqu’un avec qui il n’y a pas de limites artistiques ; ça veut dire qu’il peut y a voir des idées qui n’ont aucun sens mais on le fait et ça sonne quand même. Ce n’est pas avec tout le monde qu’on peut se connecter comme ça, souvent les gens sont dans des projets de carrière, avec des besoins de réussite, de reconnaissance par un certain public, alors que nous on n’est pas du tout dans le rap game, pourtant je viens vraiment de l’underground du rap français, mais le kiff a été de faire du hip-hop sans se poser la questions d’où ça va, tant que pour nous ça sonne.

Tismé : C’est vachement important ce que tu dis, le côté « on ne se freine pas », c’est très rare que l’autre dise non lorsqu’on propose quelque chose, le non n’existe pas, on le dit dans un des morceaux d’ailleurs. L’élan qui découle d’une idée est toujours bénéfique à la musique qu’on va créer, ce n’est pas quelque chose qui peut en quoi que ce soit lui nuire. Quand on se fait confiance et qu’on essaie de projeter un truc et que l’énergie est là, ça donne une démarche sincère, authentique et instinctive. C’est important quand on ne freine jamais l’instinct, c’est toujours en continuité.

Sur scène tu disais justement que vous étiez tous les deux dispersés…

Tismé : On peut voir la dispersion comme quelque chose de négative parce qu’être dispersé veut dire qu’on est nulle part. Mais si on retourne le truc et qu’on voit le verre d’eau à moitié plein, on peut se dire qu’on est partout et qu’on teste plein de choses. C’est aussi ça de créer, on a une chance incroyable et on a tendance à l’oublier quand on est pris dans un engrenage où on ne fait pas profondément ce qu’on a envie de faire. Nous on teste des choses et le test ne s’arrête pas à une ébauche, mais à un morceau.

Ce projet vous a-t-il permis de tester des choses que vous n’avez pas eu l’occasion de faire sur vos projet respectifs ?

Philémon : Oui parce que généralement on écrit et on compose la musique ; moi je fonctionne souvent comme ça, même si des fois j’ai rappé sur des sons d’autres personnes, mais la majorité du temps je rappe sur mes propres instrus et Tismé aussi. Là on rappe sur les prods de l’autre, sur des choses qu’on aurait jamais faites, ça me donne l’occasion de ramener mon style plus loin, c’est une autre vibration. À force de faire mes propres sons je tourne un peu en rond alors que là j’ai certaines idées qui viennent de ce qu’il a écrit…

Tismé : Et vice-versa…

Philémon : … Ouais pour moi c’est quelque chose de nouveau et ça me donne envie de faire plus de collaborations mais ça ne colle pas avec tout le monde. Avec Tismé on peut faire des morceaux en une heure comme ça peut prendre un an et demi. Il y a des titres dans cet album qui ont évolué en un an et d’autres qui ont été fait en un clic. Et quand on a eu l’album on n’a rien voulu changé, on n’a pas voulu entrer dans un plus grand studio pour faire intervenir d’autres gens, pour faire un plus grand mix, pour que ça rentre en radio…

Tismé : Quelque chose de directe et d’instinctive !

C’est très rare que l’autre dise non lorsqu’on propose quelque chose, le non n’existe pas (Tismé)

Donc vous avez commencé à faire des morceaux et l’album en a découlé…

Philémon : Exactement, on ne s’est pas dit qu’on voulait faire un album puis des concerts, on a décidé de faire des concerts quand on s’est rendus compte qu’on avait un album.

Comment est venu ce fil conducteur de la gourmandise et des sucreries?

Philémon : C’est pareil, ce n’était même pas prévu. C’est parti d’un morceau qu’on a raconté tout à l’heure sur scène, Tismé commence par « c’est le caramel » et moi je trouvais que c’était drôle de commencer par « v’la le chocolat ». Et un jour, je ne sais pas où ni quand, on s’est dit qu’on allait intituler l’album Caramel et Chocolat en rigolant, sans se dire que c’était une super idée. Mais c’est quand on se dit « on ne va pas faire ça c’est abusé », qu’on trouve que c’est une bonne idée. Quand on a l’impression qu’on est peut-être allés trop loin de ce qui est conventionnel, c’est là que c’est intéressant pour nous, tant qu’on ne fait du mal à personne et que l’idée sort du cadre.

De nos jours ça reste quand même un titre conventionnel, ce n’est rien de choquant…

Philémon : Et puis tout le monde a compris Caramel & Chocolat, certains comprennent après et se disent… ah ouais d’accord !

Tismé : Il y a aussi énormément de références à la nourriture dans le projet et on s’en est rendus compte après. Donc Caramel & Chocolat ça se connecte bien après le fait qu’on parle souvent de manger, qu’on est des fins gourmets comme on le dit dans le projet…

Philémon : … On décortique les recettes de cuisine et on rap nos textes… en fait c’est un album où on explique comment on fait notre musique, c’est un peu ce qu’on appelle de l’égotrip, vraiment comme dans les origines du hip-hop : voilà les ingrédients qu’on a et comment on les a cuisinés ; et puis on met le lexique du goût, de la friandise et de la sucrerie tout le temps. On l’a compris et on a voulu aller jusqu’au bout. Tout s’est fait parce qu’on a vu que c’était comme ça ; c’est le projet le plus sincère et le plus naturel que moi j’ai fait depuis que j’ai commencé.

Justement, on retrouve des passages dans l’album dans lesquels on vous entend parler de la façon dont vous faîtes votre musique, ça s’est vraiment passé comme ça ?

Philémon : Je sais qu’il y a un moment où je parle dans un morceau, c’était quand on a terminé la prise, et il m’a dit qu’il avait enregistré ce moment. J’ai réfléchis, je me suis dit qu’on ne pouvait pas mettre ça quand même, et bien si, c’est génial. Et c’est la réalité, c’est comme ça qu’on vit le son, on ne ment pas.

Tismé : Et puis c’est cool de pouvoir partager ce truc là, c’est rare.

Philémon : On ne fait pas semblant d’avoir nos idées, on les a et on les enregistre. Il y a un moment où je lui parle et c’est une vraie mémo iPhone que j’ai enregistrée à la guitare et que je lui ai envoyée en lui disant : « quand on fera un concert, ça serait bien de faire ce morceau à la guitare ». Il est mis comme ça dans l’album parce que c’est comme ça qu’on se parle, on est nous-mêmes, on est libres et ça nous fait du bien.

Vous avez dit sur scène que ce n’était que le début, qu’une invitation, vous avez déjà continué d’enregistrer ?

Philémon : Honnêtement on est déjà sur le deuxième et on avait trop de titres pour le premier. On a déjà commencé à avancer en plusieurs étapes : d’abord le premier album, ensuite le concert d’environ 1h15, plus long que l’album qui ne dure que 30 minutes, et enfin le deuxième avec d’autres concepts de concerts.

Et comment s’est faite la sélection des morceaux pour le premier album ?

Tismé : Au feeling, comme tout le reste. On s’est demandé quelle était la sève des nos premières créations, ce qu’on préfère et qu’est-ce qui pourrait être entraînant et donner envie de venir découvrir notre univers, c’était assez simple en fait.

Philémon : On a fait le morceau « Invitation » en dernier, on voulait un titre avec une couleur qu’on n’avait pas encore et qui allait lier tous les autres morceaux. C’est donc celui qu’on a fait en dernier et qui est en fait le premier de l’album.

Y a-t-il un titre dont vous êtes le plus fiers ?

Philémon : Moi j’aime bien cet album mais je n’aime pas tous les titres pour les mêmes raisons, certains pour le texte, d’autres pour la musique, encore d’autres pour la connexion entre les deux.

Tismé Moi c’est le morceau « Clic » qui m’est venu d’un coup, c’est un titre qu’on a fait très vite, c’est l’exemple même de ce qu’on dit quand on parle de quelque chose d’instinctive, de libre, de directe. On est partis d’un clic, un métronome, et on a ensuite composé avec des contre-temps.

Philémon : Ça dure une minute mais c’est ce qu’on a de plus sincère dans la réalité de notre vie en studio : on a une idée, on l’applique tout de suite, on enregistre, on réécoute, on trouve ça pas mal et on laisse comme ça. Les batteurs aiment beaucoup ce titre parce que la batterie est assez complexe et intéressante, il est épuré en plus.

Quel est le titre qui a pris le plus temps ?

Tismé : C’est notre première collaboration, le morceau « Zombie » qu’on a joué en dernier ce soir et qui se trouve vers la fin de l’album. C’est notre premier partage, notre première création ensemble, on a poussé une truc jusqu’au bout…

Philémon : … On était à Nantes, il m’a fait écouté le son, moi j’ai fait un truc qu’il a enregistré avec son téléphone. J’avais une mélodie, il l’a mise dans le son, il a écrit le texte qu’il m’a envoyé et j’ai écrit ensuite. Ce morceau a été terminé il y a un an, c’est lui qui a été fait dans le laps de temps plus long.

Toutes les prods sont de vous ?

Tismé : Il y a deux prods de J.Kid dans le projet, celle de « Bonbon », qui est la première qu’il nous a proposée, et celle de « Invitation », qu’il a envoyée en dernier. On voulait faire un vrai truc pour la seconde, Phil a réfléchi à un refrain pendant une nuit entière et le lendemain il l’avait.

Philémon : J’ai tellement aimé ce son que je lui ai dit : « Laisse-moi du temps, bosse, finis ton truc et quand je l’ai, je te dis ».

Tismé : C’est vraiment comme ça que ça s’est passé.

Philémon : Et je lui ai dit : « Je l’ai, c’est bon » ! J’ai fait le refrain et je l’ai posé, j’ai dû faire 2 ou 3 prises.

Tismé : Et moi j’ai enregistré au fur et à mesure que les idées me venaient, je n’ai pas écris.

J’imagine que vous avez hâte de tester de nouvelles choses sur scène…

Philémon : Chaque concert sera différent et on veut proposer l’album physique, distribué seulement en digital pour l’instant, on veut avoir un petit truc collector que les gens pourront acheter seulement aux concerts ; ils pourront avoir le CD avec un titre en plus peut-être, une cassette parce que ça revient à la mode, un mini-disque…

Avec des bonbons ? [NDLR : Ils ont distribué des bonbons durant le concert]

Philémon : Des bonbons forcément !

Tismé : Un disque qui se mange, ça serait génial !

Vous avez beaucoup de projets qui dorment et qui attendent de voir le jour chacun de votre côté ?

Tismé : Ils ne dorment pas très longtemps. Des fois on finit un projet et il faut toujours réactiver la dynamique pour qu’il  ressorte. Et puis on a des choses qui évoluent constamment. Pour ma part, il faut que je finisse mon premier projet vraiment solo et le 3 novembre sort le premier album de mon groupe UNNO avec mes gars du Nord. On a sorti des EPs avant, on tourne de plus en plus et on a hâte que ça sorte.

Philémon : Moi j’ai toujours mon album qui est constamment repoussé mais c’est normal…

Tu n’as pas eu un problème de disque dur il y a plusieurs années ?

Philémon : J’ai fait un album qui s’appelait Urban Jazz et ce disque dur a brûlé oui, la tour fumait carrément et j’ai tout perdu. Là j’ai un projet qui s’appelle Black. En fait j’ai 80 titres mais je ne les sors pas parce que je ne suis plus intéressé par la carrière du showbiz, mais il faut que je trouve un moyen de me reconnecter avec le public. Ce qu’on a fait aujourd’hui c’est la seule chose qui m’intéresse. J’ai fait 5 ans chez Sony, 6 ans chez Warner, donc je connais mais ça ne m’intéresse pas. Je veux relancer une dynamique, remonter sur scène et partager avec les gens.

Caramel & Chocolat est disponible depuis le 29 septembre 2017

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